L’école au cœur de la reproduction des inégalités de classes
« Il sort d’une grande école de commerce et il touche cinq smic par mois… C’est normal, nous dira-t-on, il l’a mérité. Toi, à l’inverse, si tu galères dans des voies de garage et que ton avenir est bien sombre, c’est bien fait pour toi ; tu n’avais qu’à mieux travailler ! » Voilà comment on nous présente l’école et comment ce discours sert à justifier et renforcer les inégalités dans la société. Le système éducatif français, qui est présenté comme l’institution républicaine par excellence, et est censé « donner sa chance à tous », n’est en fait rien d’autre qu’un instrument de plus entre les mains de ceux qui possèdent les richesses.
La méritocratie
On veut nous toujours nous faire croire que l’école offre la même éducation à tout le monde et permet aux meilleur-e-s de grimper dans la société. Gratuite, neutre, et obligatoire, l’école n’est pas censée classer les élèves en fonction du compte en banque de leurs parents, mais en fonction de leurs mérites, puisque tout le monde bénéficie en théorie des mêmes chances. C’est ce qu’on appelle la « méritocratie ».
Pourtant selon une enquête de l’INSEE, en 2003, 65% des ouvriers étaient des fils d’ouvriers ou d’employés, alors que seulement 2% d’entre eux étaient des fils de cadres. A l’inverse, seulement 10% des cadres étaient des fils d’ouvriers. Ces chiffres ne veulent pas dire que les enfants des classes populaires sont moins intelligents que les autres, mais ils montrent bien que le système scolaire est responsable d’une sélection sociale !
Il y a un vraie inégalité des chances avant même l’entrée à l’école : l’enfant de bourgeois maîtrise mieux « le bon français »- il baigne depuis qu’il est petit dans la culture classique de l’école (ses parents l’emmènent au théâtre, lui achètent des romans et lui apprennent de nombreuses choses en dehors de l’école). Sa famille sait aussi comment fonctionne l’école et peut l’aider s’il en a besoin.
A l’inverse, on n’a pas forcément appris à l’enfant d’ouvrier le « bon français » qu’on doit parler à l’école et on ne lui a pas forcément donné la culture qu’il faut pour lire Maupassant.. Dès le CP les inégalités ne font que se creuser et l’écart augmente entre les enfants : les uns sont encouragés par leurs bons résultats et les autres s’enfoncent dans l’échec et l’exclusion. Des enfants issus des classes populaires arrivent bien sûr à s’en sortir et servent alors d’exemples pour prouver que le système scolaire fonctionne bien mais les autres finissent à Pôle Emploi…
Nous sommes libertaires et nous pensons que le but de l’école n’est pas de former d’un côté des élites et d’envoyer de l’autre côté les “mauvais élèves” dans des classes professionnelles. L’école doit au contraire offrir à tou-te-s une éducation complète pour développer l’autonomie et permettre la vie en commun. L’école ne doit pas former de la chair à patron prête à remplir des “postes de travail” dans les entreprises mais doit former des individus libres et responsables.