Alternative Libertaire - Toulouse Alternative Libertaire est une organisation communiste libertaire née en 1991. C'est aussi un journal qui diffuse tout les mois une analyse libertaire sur les luttes et l'actualité.

Colombie : "Que tout le monde sache que dans le Cauca ils sont en train de nous exterminer"

Alternative Libertaire Toulouse

Que tout le monde sache que dans le Cauca ils sont en train de nous exterminer
Samedi 17 septembre 2011

« Quand je suis arrivé, les larmes me sont venues aux yeux en relevant les blessées. Ce ne fut pas par lâcheté, mais à cause de la rage que je ressentais à ce moment là. » raconte un garde indigène en se rappelant cet instant.
Le tourment que vit la communauté de El Credo n'a pas commencé le jeudi 15 septembre 2011. Elle a commencé longtemps avant quand le gouvernement antérieur a augmenté les effectifs des forces armées dans tout le territoire national.
Avant, les habitants de ce hameau sentaient la guerre proche mais ellen'était jamais arrivée jusqu'à leurs maisons. Depuis l'année dernière, la douleur, la rage et l'impuissance ont commencé à faire partie de leur vie quotidienne. Le 5 juillet 2010 l'armée nationale a initié une présence constante dans cette communauté. Les combats se sont intensifiés, tous les quinze jours, toutes les semaines.
Les déplacements de population ont commencé. Les gens sortaient de leurs maisons avec les enfants dans leurs bras sans vêtements ni chaussures vers les lieux d'assemblées permanentes. Là, toute la communauté analysait les vraies causes du conflit et proposait des actions pour défendre le territoire.
Ont ensuite été parcourus les sites occupés par les groupes armés afin d'exiger leur retrait. Ceci fut cependant une excuse pour faire l'objet de signalement des deux côtés. « La guérilla nous dit : vous êtes avec eux ou vous êtes avec nous. L'armée nous dit la même chose. Aucun ne peut comprendre que nous ne sommes pas avec ceux qui portent les armes parce que personne en portant les armes ne défend la vie » exprime un communard de la zone.
Malgré cet effort de la communauté pour défendre son territoire, l'horreur de la guerre a enveloppé une fois de plus ses rêves et sa tranquillité. Le jeudi 15 septembre 2011 les combats ont commencé à 6h du matin alors que, dans leurs parcelles, les gens commençaient à peine leur travail. « Les balles sont sorties des deux côtés, nous avons dû retourner à la maison pour protéger les enfants » dit un habitant de la région.
La crainte s'est emparée des gens car les détonations se sentaient chaque fois plus près des maisons. Toujours dans la même situation, à la nuit tombée, regroupés en assemblée permanente, ils ont décidé d'aller dormir en espérant que les bombes se tairaient au lever du soleil.
Toutefois, le son des mitraillettes remplaça le chant des coqs au lever du jour. De nouveau, il y eut des combats tout le jour. La guérilla et l'armée retranchés au milieu de la population civile, lançaient des objets explosifs par dessus les maisons.
Une de ces bombes est tombée à côté d'une maison d'un communard, laissant six personnes blessées, dont trois mineures. La garde indigène arriva sur le site pour évacuer les blessés. « Quand je suis arrivé, les larmes me sont venues aux yeux en relevant les blessées. Ce ne fut pas par lâcheté, mais à cause de la rage que je ressentais à ce moment. » raconte un garde indigène en se rappelant cet instant.
Les blessés furent évacués en moto, mais Maryi Vanesa Coicue, 11 ans, n'a pas résisté jusqu'au poste de santé le plus proche. « J'ai ramassé la petite fille, elle était pâle, avec du sang sur le torse. Elle a soupiré et m'a serré fort la main. Puis elle l'a lâché. C'est là que je me suis rendu compte que je ne pouvait rien faire pour elle. Après, tout est retombé en silence» affirme un garde indigène.
Une petite fille a dû mourir pour que les armes se taisent. Seulement à ce moment les deux groupes se sont retirés du territoire. La garde indigène rattrapa quelques membres de l'armée et leur dit que ce qui s'était passé était de leur faute car il n'avaient pas à combattre au milieu de la population civile. Ceux-ci ont répondu que la seule chose qu'ils faisaient était d'obéir aux ordres, et que s'ils ne le faisaient pas ils pouvaient être faits prisonniers.
D'autres gardes rattrapèrent quelques guérilleros pour leur demander des comptes sur ce qu'il s'était passé. Ceux-ci dirent qu'ils n'avaient pas lancé cette bombe. « En vérité il ne nous importe peu qui a lancé la bombe, sont coupables tous ceux qui viennent dans notre territoire avec leurs armes pour se battre au milieu de nos maisons. » exprime avec douleur un communard.
Pendant que le silence s'éteint au milieu des cris de douleur des proches de Maryi Vanesa, la communauté de El Credo prépare une marche afin d'exiger de tous les groupes armés qu'ils s'en aillent, qu'ils ne reviennent plus, qu'ils les laissent vivre dans leur autonomie. « Ils recrutent des pauvres pour tuer des pauvres. Nous savons que derrière cela il y a le gouvernement et les firmes multinationales qui essaient de nous laisser sans territoire et sans vie. C'est pour ça que nous voulons que cette mort ne reste pas dans l'oubli, nous voulons que tout le monde sache que dans le Cauca ils sont en train de nous exterminer. Nous voulons qu'on sache la vérité. » dit un garde indigène avant de retourner avec la mère de Maryi Vanesa pour lui offrir un peu de réconfort.

Tissu de Communication de l'Association de Cabildos Indigènes du Nord du Cauca (ACIN), Colombie

Commentaires