Article 11 : À Toulouse, le 70, allée des Demoiselles est redevenu un bâtiment comme les autres
Il est des lieux, occupés ou non, qui portent en eux quelque chose de spécial et où flotte un esprit particulier, à la fois radical et ouvert. Le 70, allée des Demoiselles, bâtiment toulousain réquisitionné par le Crea en avril 2011 pour y loger des familles dans la débine, était de ceux-là. L’endroit a tenu plus d’un an avant d’être expulsé hier matin. Tristesse.
C’est un joli texte que les amis Cécile, Mathieu et Brousse nous avait envoyé il y a huit mois, pour publication dans la version papier1. Il était titré « Enfoncer les portes ouvertes », et revenait sur la belle histoire du 70, allée des Demoiselles, ce bâtiment toulousain occupé depuis avril 2011 par le Crea (Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion) pour y loger une quarantaine de personnes. De l’esprit flottant sur l’immeuble phare de la campagne « Zéro enfant à la rue »2, les trois auteurs dressaient un enthousiasmant tableau. Sensible. Et touchant. Presque trop : certains d’entre nous, cyniques parisiens revenus de tout (je ne m’exclus pas du lot), s’étaient alors demandé s’ils n’en faisaient pas un peu too much. Si les auteurs n’étaient pas trop proches du Crea pour en dresser un tableau autre que dithyrambique. Si le texte, tout joliment troussé qu’il fût, ne relevait pas davantage de la militance subjective que de la description objective. Bref, on était bêtement un brin sceptique. Des enfants qui jouent partout ? Des activistes ouverts, efficaces et résolus ? Une trame politique solide et convaincante ? Des familles relogées qui ne servent pas (aussi) de faire-valoir aux militants ? Des autorités à la rue et des flics à la traîne ? Allons, ce ne pouvait être aussi bien que ça... Ne nous prenez pas pour des buses, les enfants... Le texte, on l’aimait, vraiment, mais on se disait aussi en coin : hagiographie toto.